Dis moi où tu t’en vas…

L‘autre jour je réfléchissais à la notion de « voyage ». Les gens autour de moi ont souvent l’impression que je voyage beaucoup. Mais pas tant que ça finalement. Enfin pas plus que la moyenne, pas moins. En fait, ça dépend des périodes. Et puis j’y ai repensé… à ce concept : Le voyage. Longtemps j’ai été persuadée que « voyager » signifiait forcément partir, et si possible partir loin.

Une espèce de fuite en quelque sorte. Une fuite vers l’extérieur, vers l’autre, vers l’ailleurs, l’inconnu.

Je me suis d’ailleurs aussi amusée à chercher l’étymologie du mot. Le mot « voyage » vient du latin Viaticum qui veut dire « provisions pour la route ». Et j’ai trouvé ça assez drôle… Cette année j’ai visité pas mal d’endroits, des connus et d’autres que je n’avais jamais vu. En écrivant cet article je me suis demandée : Qu’est ce qu’on cherche quand on part ? Pourquoi voyage-t’on ? Certains m’ont répondu l’aventure, d’autres la découverte, la culture, ou encore l’évasion.

J’ai été silencieuse un long moment par ici. La dernière fois que je t’ai parlé, j’avais prévu de t’emmener à Séville, tu te souviens ? Le sort en a décidé autrement. J’ai eu beau tourner et retourner mon récit dans tous les sens, il a bien fallu se l’avouer, je ne savais absolument pas comment te raconter mon voyage. Alors j’ai repoussé, je me suis cherchée des excuses et cet article n’a jamais vu le jour.

Mais ce matin, après de nombreux mois de pages blanches, j’ai ouvert les yeux en réalisant que tout était finalement clair. J’ai repensé à la phrase que cette amie m’a dite il y a quelques temps : « Tu voyages beaucoup, tu as de la chance! ». Jusque là je n’avais pas encore perçu les choses comme je devais réellement les percevoir…Il m’a fallu de longs mois de léthargie, de longs mois de hauts et de bas, de longs mois d’absence pour réaliser une seule et unique chose : je voyage tout le temps…

Autour de moi les choses vont vite, très vite. Je vois et j’entends tout. Je n’en ai jamais vraiment parlé jusque là mais la vue et l’ouïe sont hypersensibles chez moi. Je fais attention à tout. Peut-être trop. Longtemps j’ai vécu cela comme une tare, aujourd’hui je réalise que je vis dans mon monde depuis toujours. Un monde en décalé où le temps se suspend, où les bruits se superposent pour créer une mélodie ou un capharnaüm, où la lumière joue avec les formes et les gens. Je me nourris des images que je capture avec mes yeux. Je vois tout. Ou je dirais plutôt j’accueille toutes les choses que mes yeux me permettent de regarder. Par conséquent je voyage car je trouve de la beauté partout.

Dans la lumière qui frôle le balcon d’un immeuble, dans les couleurs d’un graffiti délavé, dans la mèche de cheveux de cette fille dans le métro, dans la course effrénée de cette fourmi pour ramener son butin à la maison, dans le regard perdu et lasse de ce vieux monsieur que je croise chaque matin, dans le vent qui fait danser les feuilles. Je voyage dans mon monde, entre chaos et volupté.

Le voyage est là, juste sous nos yeux, il suffit de l’accueillir. Quand on arrive à voir le beau dans à peu près tout, on prend conscience de sa fragilité. On chérit les gouttes d’eau qui glissent le long d’une vitre, la fossette au coin d’un sourire, l’éclat dans le regard de l’autre, les battements de cœur sur l’oreiller quand on ferme les yeux, le bruit d’une respiration, le reflet du soleil sur les plantes du salon, les larmes qui coulent quand on se met à nu, les gens qui dansent au ralenti quand on a un peu trop bu.

Je te partage timidement un petit morceau de vidéo, de détails que je capture quand je me promène :

tous droit réservés @ifqp

Tous ces mois de silence, j’ai voyagé. Je n’étais peut-être même jamais partie aussi loin. J’ai entrepris le plus grand des voyages. J’ai capturé mille sons et mille images, les ai photographié, les ai enregistré, je me suis tue, et je me suis aussi beaucoup parlé, j’ai tout vécu dix fois plus fort. J’ai voulu mille fois m’en aller, de plein d’endroits, de situations, tout quitter pour m’évader.

J’ai compris que voyager c’était simplement ressentir. Plus fort. Voyager c’est tout abandonner, pour partir. Partir de là où on est pour aller là où on est pas. Mais pourtant on part bien avec soi. Alors peut-être que voyager c’est repartir à la source ? Faire des provisions d’émotions sur la route. Remplir ses bagages de sourires, de battements de coeur, de larmes, et de mains serrées, de couleurs et de détails. Partir pour donner du sens. Faire le vide, pour faire le plein. Personne ne sait raconter un voyage de la même façon. Finalement, voyager c’est peut-être une simple affaire personnelle. Peut-être que les mots pour le décrire n’existent pas.

Et en y repensant ce matin au réveil, je crois que j’ai trouvé ce que je cherchais : me perdre pour mieux me retrouver.

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